Arrivé à Arles en février 1888, le pauvre et génial Vincent y passera une fructueuse quinzaine de mois à peindre des toiles devenues des icônes de notre temps, des oeuvres représentant un champ de blé, des tournesols, des arènes, une belle Arlésienne, une petite maison jaune, une chambre multicolore, un artiste automutilé...

A propos du marché de l'Art
Peut-être la plus appréciée du public, une des plus fascinante, riche et influente dans l'histoire de l'art, la peinture impressionniste et postimpressionniste reste aussi l'une des valeurs sûre du marché. Ces toiles restent les pièces majeures des ventes phares de New York, organisées en mai et en novembre par Christie's et Sotheby's. L'occasion de réunir les plus riches collectionneurs du monde pour s'arracher les dernières pièces de qualité encore en circulation.
Il y a 20 ans, la cote de la majorité des artistes impressionnistes (Renoir, Monet, ou encore Pissarro) et des postimpressionnistes (Van Gogh, Gauguin, Cézanne, etc.) explosait, impulsée notamment par un engouement particulier des nouveaux investisseurs japonais pour le marché de l'art. Vincent Van Gogh, dont l'œuvre est cimentée par l'esthétique impressionniste, était le diapason de la frénésie spéculative qui a animé les collectionneurs nippons durant la fin des années 1980. C'est tout le marché qui tremblait au rythme des records atteints par les œuvres phares de l'artiste.
Le marché de l'art a vibré une première fois chez Christie's en mars 1987 lors de la vente du très lumineux tableau, "Les Tournesols" : 39,9 millions de dollars.

Jamais le monde de l'art n'avait profité de tel prix. N'ayant jamais connu le succès de son vivant, l'artiste fut dès lors surmédiatisé. Un nouveau mythe était né.
11 novembre 1987, nouvelle secousse : Sotheby´s bat le précédent record avec un autre Van Gogh, "Les Iris", vendu 53,9 millions de dollars au magnat australien Allan Bond. A l'époque, personne ne savait que Sotheby's lui avait prêté la moitié de la somme et qu'il ne pourrait jamais concrétiser cet achat après avoir fait faillite quelques mois plus tard.
Au terme de la bulle spéculative, le record absolu pour une œuvre d'art fut atteint le 15 mai 1990, par le "Portrait du Docteur Gachet", adjugé 75 millions de dollars à Ryoei Saito. Mais il est difficile aujourd'hui d'imaginer que le propriétaire de cette toile médiatique puisse un jour faire une plus-value à la revente.

Désormais, la raison l'emporte sur l'euphorie et au-delà de 80 millions de dollars, la demande est réduite quasiment à néant. Depuis, les œuvres de Vincent Van Gogh sont encore loin d'atteindre le niveau de 1990. Depuis mai 2004, le record de Van Gogh a été détrôné par Pablo Picasso avec son "Garçon à la Pipe" : 93 millions de dollars.
A moindre mesure, les cotes d'un grand nombre d'impressionnistes ont explosé à cette époque. Parmi eux, Pierre Auguste Renoir, dont "Au Moulin de la Galette" (1876) reste le troisième tableau le plus cher de tous les temps (71 millions de dollars en mai 1990), Claude Monet, avec ses Nymphéas décrochant des enchères multimillionnaires à chaque passage, Edgar Degas, dont les fragiles pastels de Danseuses sont capables d'attiser toutes les convoitises (en 1999, il aura fallu dépasser de 3 fois les estimations et débourser 16 millions de livres pour "Danseuse au repos" chez Sotheby's Londres).
Fortement poussée par la spéculation entre 1989 et 1990, leur cote reste aujourd'hui bien en dessous des niveaux atteints en 1990. Par exemple, les œuvres de Claude Monet demeurent toujours valorisées à 36% en dessous de leur cote de l'époque. La décote de Camille Pissarro est encore de 25% et celle de Sysley de 43%. Quant à Renoir, ses prix ont en moyenne de 47% inférieurs à ceux enregistrés en 1990. De manière plus générale, l'Artprice Index du mouvement impressionniste est aujourd'hui toujours inférieur de 45% à niveau atteint 15 ans auparavant. S'il a progressé de 85,7% entre 1995 et 2003, en 2004 il enregistre une baisse de 23,5%.
Au final, le produit des ventes des 264 toiles impressionnistes échangées en 2004 a atteint 214 millions d'euros, soit 41% de moins qu'en 1990, mais aussi 36% de moins qu'en 2000. Ce marché ne cesse de se tarir. La qualité des œuvres proposées ne cesse de se déprécier, de sorte que malgré une offre restreinte le taux d'invendu reste élevé. Mais, phénomène encourageant, ce dernier est tombé de 34,6% à 26,3% au cours des douze derniers mois.
Quant aux tableaux postimpressionnistes, ils ont généré un chiffre d'affaires de 71,6 millions d'euros en 2004. Le plus cher d'entre eux couronne une œuvre de Paul Gauguin : sa " Maternité (II) "de 1899, estimée à 40 - 50 millions a trouvé preneur qu'à 35 millions de dollars. Elle est de 5 millions de dollars au dessus du prix maximal décroché par une œuvre de Claude Monet. Il y a 120 ans, cela semblait inimaginable. Une toile intitulée "Te Fare" ne trouvait preneur qu'à 180 FRF alors qu'une vue de la Cathédrale de Rouen de Claude Monet se vendait la même année à hauteur de 13 000 FRF. Sur le très long terme (de 1895 à 2004), les dessins de Gauguin ont en fait généré un taux de rendement annuel moyen proche de 5%.
Avant de s'intéresser à une œuvre, le collectionneur d'œuvres impressionnistes ou postimpressionnistes doit prendre toutes ses précautions pour s'assurer de l'authenticité de l'œuvre convoitée. En 1999, l'exposition au Grand Palais fut l'occasion d'alimenter la polémique autour des faux Van Gogh. De nombreux spécialistes ont remis en cause l'authenticité de près d'une centaine de tableaux du peintre le plus cher du monde. A l'issu de ce scandale, les acheteurs commencèrent à faire un tri drastique. En 2000, la moitié des lots furent ravalés. Mais la production des faux Van Gogh ne semble être qu'artisanale en comparaison aux faux Corot : Camille Corot a probablement été le peintre le plus copié au 19e siècle, près de 10 000 faux ont circulé sur le marché depuis la mort du peintre. Une officine établie à Ixelles expédia en France plus de 230 faux paysages de Corot durant la seule année 1888. Autant dire qu'il y désormais plus de faux que d'œuvres peintes de la main de l'artiste.
Le regard d'un québécois sur Vincent Van Gogh et notre Pays : article de Stéphane Baillargeon
par David Hairion
publié dans :
Découverte du Pays d'Arles
